Un classique des comic books, une BD qui a permis de donner une nouvelle image à ce genre américain, une histoire qui a fait passer les comics de BD pour enfants à BD pour adultes. Ce comic, c’est Watchmen. L’homme qui a su faire cela, c’est Alan Moore !
Récompensé de l’Alph’art au festival d’Angoulême en 1989, Watchmen raconte l’histoire de super-héros déchus, mis à la retraite par une interdiction gouvernementale. L’assassinat de l’un d’eux va les pousser à remettre leurs costumes, ressortir leurs gadgets et soulever des zones sombres du passé.
Ces héros n’ont aucun pouvoir, excepté Dr Manhattan qui après avoir subi une déstructuration cellulaire est maintenant capable de tout faire.
Je pense que moins on en sait sur cette série, plus on est surpris à sa lecture et donc à la découverte des événements. Pour donner l’eau en bouche tout en vous racontant le moins possible, partons des constats de base.
Nous avons les six personnages principaux que forment les Watchmen. Depuis leur séparation, chacun mène sa vie dans son coin. C’est ce que l’on note au début. Les choses vont s’agencer de telle sorte qu’ils vont se croiser de plus en plus au fur et à mesure de l’avancement de l’intrigue, jusqu’à une réunion de fin formidable tant elle semble improbable dans les premières pages.
Puis viennent les personnages secondaires qui sont principalement des gens des Minutemen. Ils furent la première équipe de super-héros et l’affiliation est évidente avec les Watchmen par des liens du sang, des membres communs et l’écho du nom de la seconde équipe par rapport à la première. On en apprend un peu plus sur eux, on s’attarde sur un de leurs ennemis et là aussi, certains événements du passé ressurgissent.
Enfin, les personnages tertiaires, dont les actions sont bien ancrées dans le présent (jusqu’à ce que sonne minuit). Ils ont aussi des petites histoires, très soap comme dans les feuilletons, et sont rattachés aux Watchmen sans le savoir ou juste par un léger aspect. Le seul qui a vraiment conscience de ce lien est le Dr Malcom Long qui s’occupe de Rorschach. Et pourtant, tous vont se retrouver au centre de l’intrigue finale. On note que c’est par un de ses personnages-là qu’Alan Moore introduit une histoire dans l’histoire, qui nous conte des aventures de piraterie. Cette narration complexifie énormément l’histoire de base déjà pas simple.
Watchmen est impossible à comprendre si on le lit d’un œil distrait. Plus on est dedans, plus on réalise la portée de toutes les scènes. Si on le lite vite, on connaîtra la joie de comprendre l’intrigue principale (bien heureusement) mais il manquera un bon quart de narration secondaire qui rend cette œuvre si forte.
Le point fort de sa série est bien sûr son twist final, brillant et tellement réaliste dans la façon de pensée du personnage (pas dans la réalisation par contre, heureusement). C’est ce fameux twist qui est accessible à tous ceux qui ont une lecture distraite.

Même à la résolution finale, on sent que cette œuvre porte encore de nombreux mystères que l’on a pas forcément senti la première fois et le besoin se fait sentir de relire Watchmen pour constater ce que l’on a raté. On perçoit alors la force du récit qui confirme le talent d’Alan Moore, par sa capacité à dépeindre une atmosphère et une époque, la complexité de la psychologie des personnages et le souci du détail.
Personnellement, j’ai lu cette BD trois fois. La première fois, je me suis dit « ouais, c’est sympa. Ça a l’air super complexe mais j’aime le dénouement. Mais ça fait pas parti de mes bd favorites ». La deuxième fois, parce que je me dis que j’ai raté des choses et qu’il faut donc que je relise tout ça encore une fois, je me dis « Ouah, j’ai vraiment plus aimé. Je comprends beaucoup plus de choses maintenant, il est fort ». Deux-trois ans plus tard, je fais une troisième lecture et après avoir refermé mon gros livre, je me dis « Incroyable, tout est vraiment bien construit, j’ai tout saisi et cette BD est un chef d’œuvre ».
Comme quoi, il faut insister, surtout si on sent qu’on a loupé quelque chose et qu’à la prochaine lecture, on pourra gratter sous l’a priori premier.
Ok, j’avoue, y a quand même un bémol pour l’histoire du pirate car je n’y vois pas la parabole avec le récit-mère mais je passe outre maintenant.